Le fabuleux pouvoir de la courtoisie

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Le fabuleux pouvoir de la courtoisie

 

Voici l’intégralité de la chronique de Catherine Charrier, parue dans l’édition de juin-juillet 2014 de Clés.

Catherine Charrier est publicitaire et romancière. Elle a notamment publié La Fréquentation des à-pics, aux éditions Kero en 2013. Voilà ce qu’indique sa mini-bio.

(Allez savoir comment, cette page a atterrie entre mes mains ! Parfois, c’est assez inexplicable.)

 

 

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« Le fabuleux pouvoir de la courtoisie

Je suis sortie du film de Wes Anderson, « The Grand Budapest Hotel », avec un sourire émerveillé, béat. J’ai trouvé le raison de cet enchantement : au-delà des tribulations de l’improbable concierge, c’est sa courtoisie qui m’a charmée. Je venais de passer deux heures dans un bain de savoir-vivre, de politesse surannée, d’attentions exquises, et j’en voulais encore. Ces manières m’ont semblée venir de loin, de ce vieux continent, elles fleuraient bon l’histoire et la civilisation. J’ai voulu vérifier si cela existait encore. Me voilà donc sur le seuil d’un grand hôtel parisien. Et le miracle a eu lieu : la porte s’est ouverte sur le sourire du groom, une jeune femme élégante nous a devancés au bar, a installé un crochet de table pour y suspendre mon sac, trop ordinaire pour ce traitement privilégié. Deux petits chablis bien frais sont arrivés avec ce qu’il fallait de graines, d’olives. Geste souple du serveur, balancement du sac au –dessus du tapis épais, je me suis dit : quelle grâce, quelle chance !

Pas vraiment née bourgeoise, je n’en serai jamais blasée.

 

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Le savoir-vivre me semble un héritage précieux. Nous ne savons pas bien quoi en faire aujourd’hui. Chronophage, dispendieux, désuet, il se glisse mal dans l’époque. Ce quelque chose nous vient peut-être des vieux palais européens — Venise, Versailles, Madrid, Londres, Schönbrunn…— où il y avait tant de politesse et de conflits dans l’air qu’il fallait bien, pour ne pas mourir tout de suite, arrondir les angles, ourdir ses complots sous le manteau, et par-dessus, déployer ses charmes et raffiner son langage. Les bourgeoisies européennes des XIXe et XXe siècles avaient assoupli les règles et récupéré l’essentiel : les belles manières, la politesse, un certain art de vivre, une aisance dans la relation. Tout cela a survécu tard dans l’Europe de Stefan Zweig, à qui est dédié le film.

Il suffit de regarder ailleurs pour s’apercevoir que ce savoir-vivre est unique et en voie de disparition. Cette façon de commercer avec l’autre, non obséquieuse, à la fois tenue et décontractée, cette connivence intelligente et discrète, où la trouve-t-on, où la pratique-t-on ? Ni au pays des cow-boys, ni dans l’empire du Milieu, ni dans l’internationale des geeks ou traders. Peut-être dans ce Japon dont nous saisissons mal les codes. Les Européens ne sont-ils pas dépositaires d’un legs qu’il faudrait emmener dans le futur ? Ce savoir-vivre, n’est-ce pas un cadeau que l’Europe peut encore faire au monde ? Un rempart contre la barbarie ? Dans la courtoisie, ce qui me plaît, ce n’est pas tant ce qu’on en obtient que le postulat de départ : l’autre est a priori respectable, et mérite des égards. Se présenter à lui sous son meilleur jour, gagner sa sympathie, et si elle ne vient pas, ne pas s’en offusquer outre-mesure. Comme principe de vie, cela se tient. Songez au nombre de fois où un mot poli, un geste de civilité, vous a sauvé. »

 

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Remarquable.

Je n’ai rien à ajouter.

 

Oh, eh puis, si ! Je vais ajouter mon grain de sel.

Cette élégance décrite est exactement la raison pour laquelle j’aime tant aller à l’opéra (nous avons un abonnement à l’Opéra de Bordeaux depuis des années).

Mon mari s’y connaît en musique. Moi, pas. Pas du tout.

Mais je suis « bon public ». J’aime me laisser porter par la musique, les décors, les chants, les danseurs, l’architecture du lieu. J’aime qu’il n’y ait pas de bousculades pour gagner sa place. J’aime qu’on se fasse 1001 politesses entre inconnus au moment de franchir la porte : « je vous en prie /après vous/ passez-passez, je vous en prie »…

J’aime que personne ne double personne dans la file d’attente du vestiaire. D’ailleurs, j’aime la manière dont on me rend ma veste (comme si elle appartenait à la Reine d’Angleterre).

J’aime cette atmosphère hors du temps.

j’aime ne pas entendre des gros mots.

J’aime être abordée par un vieux Monsieur par un « excusez-moi, je suis tellement ému que je me dois de partager cela avec quelqu’un… cette musique est tellement belle… » . J’aime sympathiser avec des gens à la douceur poétique.

J’aime que l’entracte se passe dans une salle magnifique. J’aime gravir l’escalier lentement. J’aime la douceur des « gongs » qui nous annoncent la reprise du spectacle. J’aime que les gens s’habillent avec élégance. J’aime le maintien que nous avons tous pour honorer les artistes et les lieux.

J’aime faire partie de ce beau monde le temps d’un soir.

 

 

 

4 comments

  1. Mélanie says:

    Bonjour,

    J’ai donc prévu de regarder le film évoqué 😉

    Je disais ce matin même à une collègue que j’aimerai bien aller à l’Opéra un jour, mais il n’y en a pas alentours.
    Peut-être des concerts dans des églises pour commencer.

    (Je me permets de vous signaler une erreur de mise en page : « Je n’ai rien à ajouter.t à l’opéra de BO ».)

    Au plaisir,

    Mélanie

    • Hanna GAS says:

      Merci Mélanie pour cette correction !
      Oui, les concerts dans les églises ont cette même ambiance. Récemment, j’ai assisté à un récital dans une église et j’ai été conquise par la chanteuse. Elle portait une robe longue. Les musiciens portaient une chemise et un costume. J’ai beaucoup apprécié cette mise en beauté à l’intention du public. Voir des chanteurs en t-shirt et jeans troués (alors que le billet coûte 80€ !) est une forme d’impolitesse. Je ne demande pas que les stars soient en tenue de cocktail, mais un minimum de frais pour respecter le public leur serait bénéfique.
      Il n’y a pas longtemps, j’ai assisté à un mariage. Le DJ portait une chemise et une veste de costume. Je suis allée le féliciter. Payer quelqu’un 1200 euros pour la musique d’une grande réception habillée… et le gars arrive en jean/t-shirt tête de mort/ tatouages… c’est honteux. Bref, ce jeune homme m’a tellement impressionnée par son respect vestimentaire des codes de la soirée que je suis allée le saluer.
      A très bientôt 🙂

      • Mélanie says:

        Bonsoir,

        Nous avons regardé « The Grand Budapest Hotel » ce week-end et avons été conquis.
        Ce film est en tout point surprenant. Merci de nous l’avoir conseillé.
        (Nous avons étrenné mes nouvelles flûtes à champagne pour l’occasion, avec une douce boisson à bulles, et c’était très agréable !)

        🙂

        • Hanna GAS says:

          Bonjour Mélanie,

          Merci pour ce partage !
          Je me joins à votre joie du week-end 🙂
          Ce vendredi soir, nous avons profité d’une soirée sans enfants avec mon mari. Un verre au coucher du soleil sur un rooftop face à l’océan: quel délice ! Nous avons eu l’impression de revenir 5 ans en arrière. Nous étions dans un endroit où les serveurs avaient 1001 égards pour nous. Une bulle de courtoisie ! Waouh !!

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