Comment se comporter au théâtre (version élite) dans les années 1900 ?

 

Comment se comporter au théâtre (version élite) dans les années 1900 ?

 

 

Je vous reproduis intégralement l’article sur comment se comporter au théâtre du manuel de Liselotte. Le texte date des années 1900.

Le Guide des Convenances, par Liselotte. Editeur P.Orsoni, Paris. 10e édition. (date approximative de 1911), p.337.

 

C’est savoureux. On constate dès les premières lignes l’immense décalage avec notre monde contemporain.

 

Découvrez mes manuels de savoir-vivre vintage dans cet article de présentation.

 

Les élites au théâtre : comment se comporter comme une Dame et un Gentilhomme ?

 

 

« Les dames portent des toilettes décolletée, cheveux garnis de fleurs, plumes, diamants à l’Opéra, l’Opéra-Comique, aux Français, aux premières loges, avant-scène, fauteuils de balcon, d’amphithéâtre. Dans certains théâtres, les dames sont tête nue à l’orchestre.

Les messieurs sont en habit, cravate blanche, gants. La mode anglaise qui autorise l’habit à partir de six heures du soir permet aux hommes le port de l’habit dans tous les théâtres. Chapeau haut de forme et canne.

A la place de l’habit, on porte smoking, redingote, jaquette.

Dans les théâtres secondaires, les dames ne portent pas de toilettes décolletées ; toilette élégante, chapeau habillé, gants clairs.

Il est de mauvais goût de porter des chapeaux pouvant gêner les voisins.

Il est de mauvais ton aussi, en ce cas, de se plaindre pendant toute la soirée d’une voisine dont la coiffure vous cache une partie de la scène.

 

 

Lorsqu’on possède sa loge d’abonné, on peut envoyer une ou deux places ou toute la loge à des amis.

Dans une loge, les jeunes filles, les jeunes femmes sont placées devant, puis ensuite les dames âgées, les messieurs par derrière.

On ne choisit pas, pour envoyer cette loge, le jour d’un spectacle ennuyeux.

Si la loge vous est offerte, on doit un pourboire à l’ouvreuse ; autrement, si on partage avec les propriétaires, ce sont eux qui donnent le pourboire.

Un monsieur invité peut offrir des bonbons. Il en commande une boîte chez le confiseur ; cette boîte, composée de bonbons en collerette avec pinces ou petites cuillers, sera portée par un domestique pendant l’entracte. Celui-là donnera la boîte au monsieur invité qui l’offrira aux dames présentes.

Mais cette coutume tend de plus en plus à disparaître. Si ce sont des fruits confits, des friandises à noyaux, on ne jettera pas les noyaux dans la loge, les dames l’envelopperont dans la collerette et la déposeront sur le rebord de la loge.

A moins d’exception, les dames ne se rendent pas visite (surtout en toilette décolletée), d’une loge à l’autre. Elles se retrouvent à la sortie ; le plus souvent, on achève la soirée ensemble dans la salle commune d’un restaurant à la mode.

Il n’est plus élégant de souper en cabinet particulier.

Lorsqu’un monsieur accompagne des dames dans une loge, c’est lui qui règle le vestiaire.

Une dame ne quittera sa loge que pour aller au foyer avec son cavalier.

Le monsieur qui accompagne une dame ne la laisse pas seule dans sa loge.

 

Un monsieur ne va saluer une dame dans sa loge que si elle est accompagnée de personnes connues de lui.

Si cette dame est accompagnée de personnes inconnues du monsieur, il se contente de la saluer de sa place, en soulevant légèrement son chapeau.

On ne doit pas arriver en retard et marquer son entrée par des éclats de rire, des gestes bruyants. On ne se salue pas avec ostentation d’un bout à l’autre de la salle. On ne communique pas par geste et on ne fait pas de signes avec son éventail.

Les dames n’applaudissent guère. Elles lorgnent à peine dans la salle.

Elles peuvent lorgner sur la scène.

Eviter les pleurs, les rires ; toute manifestation exagérée est de mauvais ton.

Les dames vont seules maintenant aux fauteuils d’orchestre et de balcon.

Lorsqu’une dame assiste seule au théâtre, elle ne loue pas une place dans une loge déjà en partie occupée.

A l’Opéra, l’Opéra-Comique, au Français, un monsieur ne pénètre pas dans la loge d’une dame avec sa canne, il l’abandonne à l’ouvreuse.

Dans les autres théâtres, il garde sa canne.

Dans certains théâtres les loges sont distribuées de telle façon qu’on peut venir saluer de l’extérieur les occupants de la loge. En ce cas, les messieurs restent découverts comme pour une visite.

Ils doivent se découvrir aussitôt que la pièce commence.

Une dame, placée derrière un monsieur qui oublie d’ôter son chapeau, supportera cet inconvénient. Il est préférable qu’elle ne voie point la scène et ne parle point à un inconnu. D’ailleurs, ses voisins se chargeront de ce soin.

Pendant les entr’actes, on relève les écrans placés au-devant des loges.

 

Si ce sont des artistes en scène qui vous ont procuré ces places il faut assister à toute leur représentation et les applaudir discrètement.

Toutes les réflexions malsonnantes, les bavardages à haute voix, fatiguent les voisins.

On ne blâme pas tout haut un artiste et les femmes doivent éviter de critiquer l’âge, la figure des artistes femmes.

Lorsqu’on a un fauteuil d’orchestre ou de balcon, il faut avoir soin de rentrer avant le commencement de l’acte pour ne pas déranger tous ses voisins.

Les messieurs, pour regagner leurs places aux fauteuils d’orchestre ou de balcon, doivent, s’il est possible s’effacer de façon à être de profil ou de trois quarts, autrement ils passent de dos.

Les dames ont un grand sac dans lequel elles logent : éventail, lorgnette, mouchoir, programme et tous les accessoires de la coquetterie féminine.

On ne met pas un vieux manteau pour sortir du théâtre : on a une sortie élégante et spéciale ; sur les cheveux, une mantille ou rien, ce qui est plus pratique.

Si nous sommes enrhumés, abstenons-nous d’aller au théâtre.

Entre soi, on parle à mi-voix.

Il est préférable d’avoir des places retenues d’avance.

Envoyer un coupon de loge est une excellente manière de remercier d’un service. En ce cas, il est préférable de supposer que ce coupon vous a été donné.

Lorsqu’un monsieur accompagne une dame, il peut offrir de la reconduire en voiture. Si elle refuse, il n’insistera pas ; si la dame accepte, arrivés, à destination, il descend le premier, sonne, attend que la dame soit entrée et seulement alors solde le cocher s’il ne le garde pas. »

 

Comment se comporter au théâtre – Notes personnelles :

 

  • Je ne comprends pas l’avant-dernier paragraphe. L’histoire du coupon donné/offert pour un service. Je me doute que c’est seulement une nuance, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi il faut éviter d’afficher ce cadeau (contre service rendu). Cet échange « commercial » vaut-il moins d’un don gratuit (sans rien en retour) ? Et donc, faut-il le comprendre comme : ne pas blesser le donateur dont le don n’est pas « pure générosité gratuite », mais retour de bons précédés ?

 

  • Si je devais faire mon autocritique avec les règles des années 1910, je serais la femme la plus malpolie du théâtre. Je parle avec mes voisins inconnus, je quitte la loge sans mon mari, je réserve un siège dans une loge déjà occupée (lorsque mon mari ne peut pas se joindre à moi), je suis allée bien des fois au théâtre enrhumée (pour le prix de la place ! je n’allais pas rester au lit !), je suis sans chapeau, je n’ai pas d’éventail, etc.

 

  • J’aime énormément l’interdit de se plaindre et donc l’obligation de prendre sur soi si on rencontre une quelconque gêne (chapeau ou voisin, etc.). Et j’aime tout particulièrement cette vigilance amicale que nous devons avoir à l’égard de nos proches pour les secourir.

 

  • Et enfin, selon quels critères pouvons-nous déterminer l’ennui d’un spectacle? Les goûts musicaux différèrent parmi nous. Selon quelles règles artistiques ou calendaires les ladies et les gentlemen offraient-ils leurs loges autrefois ?

Simple réalité : j’aime énormément les ballets. Mon mari préférera toujours un opéra. Qui de nous déciderait la pertinence du spectacle il y a un siècle ?

 

Comment se comporter au théâtre aujourd’hui ?

Réponse dans cet article et aussi ici.

 

 

 

 

 

2 comments

  1. Crécerelle says:

    Bonjour Hanna,
    Je vous propose une autre interprétation concernant le coupon offert pour un service : « Rester discret », un maître-mot à cette époque-là dans la haute société (et encore de nos jours remarquez). Pas la peine de se pavaner en expliquant que c’est parce que l’on a rendu un service que l’on est à cet endroit.

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