Mariage arrangé : le protocole précis à suivre au début du XXe siècle

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Mariage arrangé : le protocole précis à suivre au début du XXe siècle

 

Oui, vous avez bien lu. Dans cet article nous allons décrire la méthode pour arranger un mariage entre deux jeunes gens.

Les mariages arrangés font donc également l’objet de règles. Voici l’extrait sur le mariage arrangé tiré du livre de Berthe Bernage, Convenances et Bonnes manières, publié en 1948 ! Etant donné qu’un manuel de savoir-vivre répertorie les pratiques des décennies précédentes. Les manuels de savoir-vivre codifient le passé observé. Alors on en déduit facilement que l’auteur, Berthe Bernage, évoque la situation au début du XXe siècle.

 

Comment réussir son mariage arrangé ? Un mode d’emploi très discret :

 

Chapitre III, p.208

« Le Mariage

 

C’est à l’occasion des mariages que nos contemporains restent le plus attaché aux traditions. En effet, le mariage représente un acte de portée sociale en même temps que familiale et personnelle. Aussi, quoique bien des usages aient été simplifiés, une grande partie du protocole subsiste, donnant à la célébration de cet événement le caractère à la fois charmant et solennel qu’il eut de tout temps.

 

Préliminaires d’un mariage

Voilà sans doute le chapitre où l’évolution se fait le plus sentir. La plupart des unions modernes s’accomplissent parce que deux jeunes gens, ayant sympathisé, décident eux-mêmes de se marier.

Mais il y a toujours des mariages « préparés », souvent fort heureux. Les parents cherchent à assurer à leurs enfants une alliance qu’ils jugent convenable. Dans cette grave question du choix d’un gendre ou d’une bru, ils tiennent compte de bien des circonstances dont l’importance échappe aux jeunes ; mais cette sagesse prévoyante ne doit pas leur faire perdre de vue le vrai bonheur de leurs enfants, à base d’amour.

 

L’âge des fiancés. – On voit des unions se former entre fiancés plus jeunes ou fiancés plus âgés qu’autrefois.

Les études, les jeux en commun, font naître l’inclinaison chez les très jeunes gens. Faut-il encourager de tels mariages ? Oui, si les fiancés sont sérieux et bien portants, s’ils aiment la vie de famille, si le jeune homme a une situation. Mais si les prétendants au mariage sont légers, capricieux, dépensiers, faisons-les attendre. Certaines carrières masculines qui imposent des études absorbantes, des voyages, sont gravement compromises par un mariage prématuré. Bien des jeunes hommes sont incapables d’accepter si tôt les devoirs et les charges du chef de famille. Et quelques jeunes femmes, ayant passé très vte de la vie d’écolière à la vie d’épouse et de mère, pourront regretter l’insouciance de leurs compagnes non mariées.

D’autre part, quand on se marie tardivement, les deux personnalités développées ont plus de peine à se faire des concessions mutuelles. Il semble dur de renoncer à son indépendance, à des habitudes devenues chères. Et les parents d’âge mûr ont moins de patience et d’entrain pour élever leurs enfants. Il est plus naturel et plus sage de se marier jeune. Mais ne nous étonnons pas devant l’union de personnes d’un certain âge.

Pour le jeune homme, vingt-cinq à trente ans passait jadis pour être l’âge le meilleur.

Pour la jeune fille, dix-huit à vingt-cinq ans.

Ces règles semblent très étroites aujourd’hui, car les conditions de vie ne sont plus les mêmes.

 

Les situations de fortune, le milieu. – Les jeunes gens s’inquiètent moins que jadis des questions matérielles et trouvent tout naturel de faire leur situation ensemble. Ce qui importe surtout, c’est qu’ils aient les mêmes convictions, les mêmes sentiments. S’ils appartiennent à des milieux différents, il faut du moins qu’il n’y ait pas de chocs résultant d’éducations trop dissemblables.

 

Pour préparer un mariage.- La marche à suivre n’a pas changé. Le rapprochement se fait par l’intermédiaire d’amis, qui, — sollicités ou non par les parents — jugent que tel jeune homme et telle jeune fille pourraient former un couple heureux.

Les parents donnent tous les renseignements nécessaires : âge, situation, caractère, goûts. On peut montrer des photographies.

 

Entrevues. – On ménage une « entrevue » entre les jeunes gens qui se rencontrent au cours d’une soirée dansante, d’un goûter, d’une partie de campagne, à un mariage, etc. En général, cela se passe ouvertement : les jeunes gens sont, de part et d’autre, avertis.

Parfois, pour ménager la susceptibilité de la jeune fille, on prévient seulement le jeune homme.

S’il y a sympathie, ils se rencontrent de nouveau. Bien entendu, ils causent librement ensemble.

 

Renseignements

On ne doit pas présenter les jeunes gens l’un à l’autre avant de posséder quelques renseignements exacts. On les prend auprès d’amis ou de compatriotes de la famille, de collègues du père ou du jeune homme, d’anciens éducateurs. Ces renseignements sont très graves : les personnes consultées doivent se montrer absolument sincères, et garder le secret. Les intermédiaires qui les consultent — ou les parents — ne diront pas qu’ils se sont adressés à elles.

 

Renseignements défavorables. – S’il s’agissait de transmettre des renseignements défavorables, nous le dirions franchement à la personne qui nous a consultés, à condition qu’elle soit de nos intimes et très discrète. Ou bien on s’abstient simplement de répondre en disant qu’on ne connait pas assez la famille ou le prétendant. Cette attitude peu encourageante serait interprétée comme elle doit l’être.

 

Accord des jeunes gens

Les mariages ainsi préparés forment d’ailleurs la minorité.

Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes gens qui se connaissent et pensent à s’unir avant l’entente de leurs familles. S’ils ont confiance en leurs parents, ce qui est le résultat d’une éducation intelligente et affectueuse, ils ne cachent point leurs sentiments à ceux-ci qui pourront, avant tout engagement définitif, faire une enquête discrète. On ne saurait trop blâmer la désinvolture avec laquelle certains jeune gens se fiancent, annonçant leur décision après coup. Fonder un foyer est un acte trop grave pour qu’on prétende suivre simplement le penchant de son cœur.

D’autre part, c’est un devoir pour les parents de ne jamais violenter la volonté de leurs enfants. Ils peuvent et doivent détourner d’une union mal assorti, mais en comptant plus sur la patience et la persuasion que sur une opposition brutale.

S’il s’agit de briser un rêve juvénile, ils pèseront bien les motifs de leur refus.

Ils n’ont jamais le droit d’engager leur enfant dans un mariage qui lui déplaît, quels que soient les avantages que semble présenter cette union. »

 

 

Mariage arrangé : quelques remarques

 

Plus je lis et relis cet extrait sur le mariage arrangé, et plus je me place du côté des parents. C’est la première fois de ma vie que je réfléchis réellement au mariage arrangé. Et mon sentiment n’est pas du tout une condamnation absolue.

Le cinéma et la culture de l’hyper-libéralisation-individuelle de notre époque ont diabolisé les mariages arrangés. Or, durant des millénaires le monde a suivit ces règles. Il n’y a pas eu de rébellions sociales (en tout cas pas pour cette raison). Le mariage arrangé était admis… et heureux.

Si on part du principe que dans une famille dite normale et saine, les parents sont ceux qui connaissent le mieux leur enfant, ceux qui l’aiment le plus au monde, et ceux qui veulent par-dessus tout le bonheur de leur petit (au sacrifice de leur bonheur à eux notamment) : alors, il est juste de penser que les parents choisiront avec justesse leur gendre ou leur bru.

Et les enfants, élevés dans l’amour familial et la confiance, savent que le jugement de leurs parents est sage. Les parents sont intelligents, leurs choix est intelligent.

 

Le problème se pose lorsque la famille est pervertie. »

 

Je vous laisse méditer là-dessus. Moi aussi j’ai encore beaucoup à penser sur ce sujet.

 

Autres articles sur le mariage ou les fiançailles (avec un extrait du livre de Berthe Bernage sur les fiançailles au début du siècle) ici.

 

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